Haut-Uele : des journalistes dénoncent des retards de paiement des fonds de sensibilisation contre Ebola et réclament un audit

La gestion des fonds destinés à la sensibilisation contre la maladie à virus Ebola (MVE) dans la province du Haut-Uele suscite des interrogations. Des professionnels des médias accusent la Task Force Communication et le service chargé de l’engagement communautaire et de la communication sur les risques (CREC), au sein de la riposte, de ne pas avoir honoré les engagements financiers pris à l’issue d’une formation organisée à Isiro.

Selon les journalistes concernés, plus de dix jours après cette rencontre, les frais de transport et de sensibilisation promis aux organes de presse participants n’auraient toujours pas été versés. Ils réclament des explications sur la destination des fonds prévus à cet effet et demandent aux autorités compétentes de faire la lumière sur ce dossier.

Des paiements toujours attendus

Au cœur de la controverse figure une session de formation d’une journée organisée, il y a plus de deux semaines, à l’espace La Procure, à Isiro. Cette activité avait réuni plusieurs organes de presse en présence de responsables de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), notamment des Incident Managers intervenant aux niveaux africain et congolais.

À l’issue de cette rencontre consacrée à l’implication des médias dans la lutte contre Ebola, des frais de transport et de sensibilisation auraient été promis aux médias participants. Les numéros de téléphone des journalistes auraient également été collectés en vue d’effectuer les paiements par le service de transfert d’argent mobile M-Pesa.

Cependant, les professionnels des médias affirment n’avoir reçu aucun versement, y compris ceux venus des territoires de la province. Ils s’interrogent d’autant plus sur cette situation que, selon leurs témoignages, d’autres catégories de participants aux activités de sensibilisation organisées le même jour et au même endroit auraient perçu leurs frais sans délai.

Ces allégations soulèvent des questions sur la transparence et le suivi des fonds affectés à la communication dans le cadre de la riposte contre la MVE. À ce stade, aucun élément présenté dans les informations disponibles ne permet toutefois d’établir formellement l’existence d’un détournement.

Héritier Singba réclame un audit

Face à cette situation, Héritier Singba, responsable du média en ligne Vérité TV, hausse le ton. Il dénonce le traitement réservé aux professionnels des médias et appelle les autorités provinciales à intervenir pour clarifier la gestion des ressources consacrées à la sensibilisation.

Sa prise de position intervient dans un contexte marqué par les préoccupations déjà exprimées à l’Assemblée nationale par Joseph Bangakya Angaze, député national élu de Rungu, au sujet de la gestion des fonds destinés à la lutte contre Ebola dans le Haut-Uele.

Pour Héritier Singba, les médias ne peuvent être sollicités pour accompagner une campagne de santé publique sans que les engagements pris à leur égard soient respectés.

« On ne peut pas demander aux médias de risquer leur vie pour sensibiliser contre Ebola et en même temps détourner leur dû. Trop, c’est trop. Il faut respecter la presse », dénonce-t-il.

Le responsable de Vérité TV exige un audit des fonds alloués à la communication dans le cadre de la riposte. Il invite également le gouverneur du Haut-Uele, Jean Bakomito Gambu, ainsi que le ministre provincial de la Santé à s’impliquer personnellement afin d’obtenir des éclaircissements sur les paiements attendus.

Le silence de la Task Force inquiète les médias

D’après les professionnels de la presse concernés, la Task Force Communication, contactée à ce sujet, leur avait demandé de patienter jusqu’à la fin de la semaine précédente. Mais, selon eux, aucun paiement n’a été effectué depuis et aucune explication définitive ne leur a été communiquée.

Cette situation risque d’accentuer les tensions entre les médias locaux et les structures chargées de la riposte. Certains organes de presse menacent désormais de suspendre leur participation aux activités de sensibilisation, alors que leur contribution est jugée importante pour informer la population sur les mesures de prévention et les comportements à adopter face à Ebola.

Les journalistes dénoncent également ce qu’ils considèrent comme une implication tardive des médias locaux dans la stratégie de communication contre l’épidémie. Ils estiment que leur participation aurait dû être sollicitée dès les premières étapes de la riposte, compte tenu de leur proximité avec les communautés.

Des sources évoquées dans ce dossier avancent que l’organisation de la formation pourrait avoir été précipitée par l’annonce de la possible arrivée du ministre national de la Santé à Isiro. Cette version reste toutefois à vérifier.

Les autorités appelées à clarifier la situation

Au-delà des paiements attendus, cette controverse relance le débat sur la transparence dans l’utilisation des financements mobilisés pour lutter contre la maladie à virus Ebola dans le Haut-Uele.

Les professionnels des médias demandent aux responsables de la riposte de publier des éclaircissements sur les sommes prévues pour leur participation, les modalités de décaissement et les raisons du retard constaté.

À ce stade, les accusations de détournement formulées par certains journalistes ne sont pas établies et nécessitent des vérifications. La réponse des structures mises en cause, notamment la Task Force Communication et le CREC, demeure attendue afin que les différentes parties puissent apporter leurs explications.

Alors que la province a besoin d’une mobilisation coordonnée contre Ebola, la transparence dans la gestion des fonds et le rétablissement de la confiance entre les acteurs apparaissent comme des enjeux majeurs.

La rédaction poursuit ses investigations sur ce dossier.

Joseph KOBALE, depuis Isiro, Haut-Uele — Correspondant de La Voix du Numérique.

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