Afrique : face à la modernité, Ghislain Mbakulirahi alerte sur l’effacement progressif des traditions
Entre essor technologique, mondialisation et rupture entre générations, le patrimoine culturel africain fait face à de profondes mutations. Dans une réflexion consacrée à cette évolution, le Congolais Ghislain Mbakulirahi Kasereka, étudiant originaire du Nord-Kivu, dans le territoire de Beni, commune de Kasindi, s’interroge sur l’avenir des traditions et des valeurs transmises au fil des générations.
Pour cet étudiant, la modernisation des sociétés africaines ne constitue pas en elle-même une menace. Toutefois, lorsqu’elle s’accompagne d’un désintérêt progressif pour les langues, les coutumes, les récits, les rites, les savoir-faire et les valeurs ancestrales, elle peut contribuer à fragiliser le lien entre les générations et à faire disparaître une partie de la mémoire collective.
Les nouvelles technologies, un facteur de transformation culturelle
L’avènement d’Internet, des réseaux sociaux et des nouveaux moyens de communication a profondément modifié les habitudes, particulièrement chez les jeunes.
L’exposition permanente à des contenus provenant de différentes régions du monde favorise l’ouverture culturelle et l’accès à de nouvelles connaissances. Mais selon Ghislain Mbakulirahi, cette ouverture peut également contribuer à la marginalisation de certaines pratiques locales lorsque celles-ci sont progressivement délaissées au profit de modèles culturels importés.
Les jeunes peuvent ainsi être davantage familiarisés avec des références culturelles étrangères qu’avec celles de leur propre communauté.
L’exode rural éloigne aussi les jeunes de leur patrimoine
À cette influence technologique s’ajoute l’exode rural. La recherche d’opportunités scolaires, professionnelles et économiques pousse de nombreux jeunes à quitter leurs milieux d’origine pour les centres urbains.
Or, dans de nombreuses communautés, les villages restent des espaces importants de transmission des traditions. C’est notamment auprès des parents, des grands-parents et des anciens que les jeunes apprennent les récits historiques, les langues locales, les proverbes, les pratiques communautaires et certains savoir-faire.
En s’éloignant de ces milieux, les jeunes peuvent perdre progressivement le contact avec une partie de cet héritage.
Une transmission familiale qui s’affaiblit
Pour Ghislain Mbakulirahi, la famille demeure pourtant l’un des principaux espaces de conservation et de transmission du patrimoine culturel.
Autrefois, les anciens occupaient une place importante dans l’éducation culturelle des jeunes. Les histoires racontées, les langues parlées à la maison, les conseils, les proverbes et les pratiques quotidiennes constituaient autant de moyens de transmettre l’identité d’une communauté.
Lorsque cette transmission devient moins régulière, un fossé peut se créer entre les générations. Certains jeunes peuvent alors grandir sans connaître suffisamment l’histoire, les coutumes ou même la langue de leur communauté d’origine.
La disparition des langues, une perte de mémoire
La question des langues locales occupe également une place importante dans cette réflexion.
Une langue ne sert pas uniquement à communiquer. Elle porte une histoire, des récits, des proverbes, des expressions, une poésie et une manière particulière de percevoir et d’interpréter le monde.
Sa disparition progressive peut donc entraîner celle d’une partie de la mémoire collective. Pour l’auteur, préserver les langues africaines revient ainsi à préserver les récits et les connaissances qu’elles véhiculent.
Moderniser sans renoncer à ses racines
Face à ces transformations, Ghislain Mbakulirahi ne préconise pas un rejet de la modernité. Il estime plutôt que les sociétés africaines doivent rechercher un équilibre entre développement, ouverture au monde et préservation de leur patrimoine.
Les outils numériques, souvent présentés comme des facteurs de transformation culturelle, pourraient d’ailleurs être utilisés pour conserver et valoriser les traditions : documenter les langues locales, enregistrer les récits des anciens, archiver les savoir-faire, diffuser l’histoire des communautés et permettre aux jeunes générations d’y accéder facilement.
La transmission pourrait également être renforcée au sein des familles, des écoles et des communautés, afin que les jeunes puissent bénéficier des avantages de la modernité tout en restant connectés à leur héritage.
Préserver l’héritage pour construire l’avenir
La réflexion de Ghislain Mbakulirahi pose finalement une question essentielle : peut-on pleinement entrer dans la modernité sans perdre une partie de ce qui constitue notre identité ?
Pour lui, s’ouvrir au monde ne devrait pas signifier tourner le dos à ses origines. La modernisation peut être accompagnée d’une volonté consciente de préserver les langues, les valeurs, les récits et les savoirs hérités des générations précédentes.
Car préserver les traditions ne signifie pas nécessairement refuser le changement. Cela peut aussi vouloir dire savoir ce que l’on veut conserver de son passé tout en construisant son avenir.
Mathe Fabrice
La Voix du Numérique
Merci pour cette réflexion !
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