Beni : le commerce des bulletins scolaires, un danger silencieux pour l’avenir de la jeunesse
À Beni, chef-lieu économique du Nord-Kivu, une pratique aussi discrète que dangereuse s’installe progressivement dans certains milieux scolaires : le monnayage des bulletins de notes. Derrière cette fraude se cache une réalité alarmante — celle d’un système éducatif fragilisé, où la réussite s’achète parfois au détriment du mérite.
Ce phénomène, qui consiste à falsifier ou manipuler les résultats scolaires en échange d’argent ou d’avantages, a été au centre d’un débat scientifique organisé le 25 février 2026 à l’Institut Mabakanga, dans le quartier Boikene (commune de Mulekera). Cette activité s’inscrivait dans le cadre de l’émission éducative « Le Potentiel des Apprenants en Milieu Éducatif ».
Une dérive aux racines profondes
Les participants à cette rencontre ont mis en évidence plusieurs facteurs favorisant cette pratique. Le manque d’engagement de certains élèves, souvent attirés par la facilité pour éviter l’échec, figure parmi les causes majeures. À cela s’ajoute la pression sociale et familiale, dans un contexte économique difficile, poussant certains parents à recourir à la corruption pour assurer la progression de leurs enfants.
Les intervenants ont également souligné que la précarité des enseignants, combinée à l’absence de contrôles rigoureux, ouvre la voie à certaines dérives. Toutefois, ils n’ont pas hésité à dénoncer fermement le manque d’éthique de certains responsables d’établissements scolaires, accusés de complicité dans ces pratiques.
Autre point préoccupant : la prolifération d’écoles, notamment privées, dont certaines privilégient les résultats artificiels pour séduire les parents. Dans l’ombre, des réseaux de fraude s’activent également, produisant de faux bulletins à l’aide de sceaux et signatures contrefaits.
Des conséquences lourdes et durables
Les effets du monnayage des bulletins sont multiples et profondément néfastes. Les élèves promus de manière frauduleuse se retrouvent rapidement en difficulté dans les niveaux supérieurs, incapables de suivre le rythme académique.
Cette situation contribue à la dévalorisation des diplômes, à l’augmentation du chômage des jeunes et à une pénurie croissante de compétences qualifiées. À long terme, c’est tout le tissu socio-économique qui en souffre, avec une corruption qui s’enracine dangereusement dans les mentalités et les institutions.
Des pistes de solutions pour inverser la tendance
Face à cette réalité, les recommandations issues du débat sont claires :
Aux élèves, il est demandé de privilégier l’effort, la discipline et la persévérance ;
Aux autorités scolaires, de faire preuve d’intégrité, de renforcer les mécanismes de contrôle et de garantir la transparence dans la gestion des résultats ;
Aux pouvoirs publics, d’améliorer les conditions de travail des enseignants, de mettre en place des systèmes de vérification fiables et de sanctionner sévèrement les auteurs de fraude ;
À la société civile et aux ONG, d’intensifier les actions de sensibilisation auprès des élèves, parents et éducateurs.
Sauver l’école, sauver l’avenir
Au-delà d’un simple acte de tricherie, le monnayage des bulletins scolaires constitue une véritable menace pour l’avenir du pays. Il remet en cause les valeurs fondamentales de mérite, d’effort et de justice.
À Beni, comme ailleurs en République Démocratique du Congo, la lutte contre ce fléau doit devenir une priorité collective. Car une éducation corrompue ne peut produire qu’un avenir incertain.

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